Samedi 26 septembre 2009
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le peintre agit, nous ressentons.
Le peintre ressent nos agissements.
question illusoire
quelles sensations s'accrochent à ses toiles ?
Le peintre ne fait plus profession de préserver le souvenir d'un visage aimé, d'une scène glorieuse, ou le pittoresque d'un paysage
Quels souvenirs, alors, s'attachent à ses toiles ?
Quelle comédie, mélancolie, colère, quel amour s'égrènent sur la matière picturale ?
Le peintre est l'archéologue de nos sentiments, de nos ressentiments ; le gardien de l'Histoire de nos pensées.
Il scrute la géologie du terrain, visite les strates du temps. Il met à jour les vestiges de notre mémoire visuelle. Il perturbe notre sensation du relief, faisant affleurer à notre mémoire les
fossiles enfouis d'instants anciens : le bal de chocolat brûlant un matin de printemps, la dentelle de la combinaison de notre mère, le vert du reflet de la bouteille à midi, le rouge de la cape
d'un torero, au temps où l'on n'avait idée ni du bien, ni du mal, et peut être même pas de l'esthétique.
Strates après strates de matière, de couleur, ces fossiles apparaissent sur la toile.
L'horreur, le malheur, le bonheur, la beauté, le sens, le non sens.
A l'opposé du paléontologue, qui au pinceau, enlève le sable autour de ses trouvailles, le peintre, pour pérenniser nos émotions, les protège dans une gangue de matière brute.
Il pose pigments, sable, terre, poudre, métal ; lie, coupe, martèle, racle, frotte, pour restituer quelques vestiges authentiques en lesquels nous nous retrouvons, au hasard du mur d'un
restaurant, de la salle d'un dentiste, du salon de nos voisins, de la visite d'un atelier, de la vitrine d'une galerie.
Impossible de cacher son trouble, l'image nous colle à la rétine, s'impose, explose.
Comme ces copies de pièces de musée ou ces photos ou livres que nous avons chez nous, pourvu qu'on puisse les toucher.
Le peintre conserve l'esthétique de nos émotions, la matière de nos souvenirs.