LETTRE A NOTRE PERE

Mon Cher Petit Papa,

 

Je t’écris pour te dire que la famille, les amis et moi sommes réunis pour te souhaiter un bon voyage et un bon séjour au Paradis, là où tu vas, avec les anges et tous les saints.

Dis bonjour au Bon Dieu pour nous et fait un énorme bisou de notre part à tous, à Maman que tu rejoins et qui t’attend.

J’espère que ton voyage s’est bien passé, qu’il n’y avait pas d’embouteillage et que l’éternité tant attendue est au rendez vous.

Ici, tout va bien.

Enfin presque.

Quelqu’un nous manque cruellement.

 Tu te souviens quand tu écrivais : « Pourtant cela doit faire du bien de confier sa peine à quelqu’un qui prend la peine de vous écouter. Et pour celui qui a écouté, cela ne doit pas peser bien lourd, une part de peine !

Alors c’est décidé, je m’engage à prendre – comme inconsciemment, j’ai toujours dû le faire - une part de toutes les peines que l’on voudra bien me confier. »

 

Et bien aujourd’hui, il faut que je te confie notre peine, afin que nous nous sentions plus léger, que tu nous rassures, nous réconforte comme tu savais le faire, avec discrétion et sérénité.

 

« La science ayant fait d’énormes progrès, ses adeptes n’ont pas été sans constater que les hommes étaient des êtres charmants et plaisants, bourrés d’innombrables qualités. » Ecrivais tu aussi, empli d’optimisme, une de tes qualités profondes.

 

Tes instances professionnelles ne s’y étaient pas trompées, te rappelles-tu, lorsqu’elles louaient tes avis imprégnés de mesure et de bon sens, ton grand dévouement, ta parfaite efficacité, ton amabilité, ta finesse et tes dons de formateur.

 

Tu nous a d’ailleurs appris notre métier, tu avais un sens pédagogique et une diplomatie aigus.

 

 Tes amis non plus ne t’oublierons pas, avec qui tu partageais de nombreuses valeurs si chères à tes yeux : la justice, le devoir de secours, l’amitié, le sens du partage.

Les philatélistes, les joueurs de bridge, les joueurs d’échec ont une pensée pour toi.

 

Quand je t’entendais dire « Ah, je suis content, je suis content ! Que je suis content ! » Toute étonnée, je t’interrogeais, et tu me répondais, « Quand je suis satisfait de ce que j’ai fait, je le dis, sinon, à mon âge, qui me complimenterait ?

 

« Ma mère disait :

«  Toi mon fils, tu es quelqu’un…  qui sera myope toute ta vie.

« Toi mon fils, tu sera quelqu’un…  qui ne pourra jamais courir longtemps. »…

« Et moi je n’entendais que le début de la phrase. »…

« Vois-tu, il faut toujours dans la vie voir le verre à moitié plein et non le verre à moitié vide. »

« C’est ainsi que je suis :

« Quelqu’un qui sait lire à peu près convenablement,

« Quelqu’un qui sait écrire presque correctement,

« Quelqu’un qui sait compter sans se tromper, en tout cas, pas plus que ceux qui utilisent  maintenant des calculettes,

« Quelqu’un qui n’aime aucune forme de violence, quels qu’en soient les auteurs,

Je répondais béatement « Sacré papa ! »

Mais tu n’étais pas qu’un papa, tu cultivais également l’art d’être grand père, tonton, parrain et frère.

Enfants, nous te suivions derrière la tondeuse comme des pies qui cherchent pitance, nous t’aidions de notre mieux au cours de tes nombreux bricolages plus ou moins réussis. Comme disait Maman, en électricité, tu savais faire des étincelles !

 

 « Un grand père qui n’est pas suffisamment occupé, ne tarde pas à prendre des rides. » Oui, c’est une phrase de toi, mais ce ne sont pas que des mots, car même s’ils ne se souviennent pas, Dieu sait combien tu les a porté petits, combien de fois tu disais à tes petits enfants et arrière petit fille, en les regardant, en passant devant toutes les glaces de la maison, « tu seras quelqu’un plus tard, travailles bien, sois toujours gentil et tu ressembleras à ton papy. » Une de tes petites filles t’avait même appelé « Papillon », et ma foi cela t’avait bien fait plaisir, te souviens tu ?

 

Pour finir ma lettre, je voudrais te rappeler ce poème que tu avais fait pour mon fils, mais qui était ta pensée adressée à tous tes enfants, petits enfants et arrières petits enfants :

 

« A DIDI »

 

« Tu t’appelles Adrien,

Didi pour Mamie,

Pour Papy aussi.

 

Didi, bois bien ton lolo,

Et fais un gros dodo.

Mamie l’a dit, Papy aussi.

 

Didi, aime tes parents,

Vois comme ils sont contents,

Mamie l’a dit, Papy aussi.

 

Didi, à l’école, mon garçon,

Apprends bien tes leçons.

Mamie l’a dit, Papy aussi.

 

Didi, quand tu travailleras,

De ton mieux tu feras.

 Mais n’écoute pas le bla-bla-bla,

Sinon c’est toi qui paieras.

Papy l’a dit, Mamie aussi.

 

Didi, un jour tu te marieras,

De beaux enfants tu auras,

Que tendrement tu aimeras.

Mamie l’a dit, Papy aussi.

 

Plus tard, quand on partira,

Surtout ne pleure pas, Didi Chéri.

N’oublie pas Mamie et Papy. »

 

Papa, du haut du ciel, continue à nous guider, à nous conseiller, et n’oublie pas de raconter au Bon Dieu toutes tes histoires si drôles et si touchantes que tu écrivais le soir sur ton ordinateur.

 

Nous ne t’oublierons pas,  

PAPA.

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :